Un bref instant de splendeur Ocean Vuong

Traduit par Marguerite Capelle

Editions Gallimard

« Seul l’avenir revisite le passé. »

L’auteur est la troisième génération d’exilés vietnamiens aux Etats-Unis et il prend de plein fouet la violence de la guerre doublée de celle de l’exil.

C’est l’errance dans sa propre vie familiale qu’il reconstitue, non pas par la narration qui lui en serait faite, mais par les accès de délires de sa grand-mère et de sa mère, victimes de stress post-traumatique.

« Même quand je sais qu’une chose est vraie jusqu’au bout des ongles, je crains de voir le savoir se dissoudre, je crains qu’il ne perde sa réalité, bien que je l’aie écrit. »

Il écrit une longue lettre à sa mère analphabète, qui ne la lira jamais, il trace ainsi leur histoire, celle marquée par la violence sous toutes ses formes.

Ce n’est pas un récit linéaire, il est en spirale et épouse parfaitement une vie sous les bombes, le monde en guerre.

Commençons par la grand-mère Lan, ce nom elle se l’est donnée lorsqu’elle est mariée de force à dix-sept ans à un homme de cinquante et un ans. Jusque-là elle n’était que numéro 7, son rang dans la fratrie.

Une nuit elle fuit cet homme qu’elle exècre et retourne chez sa mère, mais si la porte s’ouvre elle se referme sur l’interdiction de revenir. Lan erre et plus encore. Elle rencontre un militaire américain blanc avec qui elle aura une fille, mère de l’auteur.

Pendant son errance, il y a une scène avec des macaques que je vous laisse découvrir, c’est le summum de l’horreur.

La mère qui parle à peine l’anglais qui ne sait ni lire ni écrire et lorsque son fils veut lui apprendre, elle abandonne vite, de toute façon elle est usée corps et âme.

C’est ce petit garçon qui prend en charge la maisonnée, lui qui passe les commandes de sous-vêtements par téléphone, qui assume un rôle qui n’est pas le sien. Il prend conscience de son histoire par les accès de violences qu’ont la grand-mère et la mère.

Sa mère le violente, il sait que ce n’est pas réfléchi, c’est une réaction comme d’autre épidermique, pour rien. Mais à 13 ans il dit NON. Et parce qu’il a eu ce courage, cela s’arrête.

Entre vie familiale violente, la violence d’un travail dans une plantation de tabac et la violence de sa rencontre homosexuelle avec Trévor, le lecteur peut se dire que tout est violence et c’est en partie vrai.

Comment a-t-il réussi à intégrer l’université ?

La violence est partout dans cette Amérique profonde, où les plus faibles restent au bord de la route, comme englués dans une fange qui ne cesse de s’étendre toujours plus loin.

« La vérité est une nation unie, sous drogues, sous drones. »

Little dog est un jeune homme qui a plus de mille ans.

C’est un être empli de fantômes et s’il ne les transcende pas en art, comment y survivra-t-il ?

Survivre ? Non vivre, s’inventer, se créer par la plume, les mots ceux qui écorchent et guérissent tout à la fois.

Le lecteur va être submergé par une déferlante d’où il sortira complètement, sonné.

C’est aussi éblouissant que bouleversant, insoutenable qu’émouvant.

Le lecteur sera emporté dans cette spirale de mots d’un fils à une mère, mais qui vont bien au-delà.

« Une page qui se tourne, c’est une aile soulevée sans sa jumelle, et donc sans vol possible. Et pourtant nous sommes transportés. »

Un bref instant de splendeur qui va rester gravé longtemps dans la mémoire de ceux qui auront fait cette rencontre.

©Chantal Lafon

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